Tendances (volet 4) - Gratuit n’est pas jouer
- Thème : business model
- Par Marc à 11:47
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Halte au conformisme, je poursuis ma revue des “tendances” dans le désordre, avec ce 4ème volet (annoncé initialement comme le n°6) consacré à la perception de la valeur des contenus numériques sur le web.
Dix ans après l’introduction des lecteurs MP3 et une décennie de démocratisation croissante de l’accès à Internet, la perception de la valeur des contenus originaux a beaucoup évoluée dans l’esprit du public. Après les avoir payés au prix fort pendant des années et avoir combattu de nombreuses barrières pour y accéder, le consommateur (et en particulier la génération la plus jeune qui a toujours connu Internet) a tendance à confondre aujourd’hui son accessibilité, parce la majorité de ce contenu est numérisée et copiable, avec sa valeur marchande.
Bien sûr, certains contenus sont volontairement diffusés gratuitement par leurs auteurs et ce n’est pas de ce type de contenu dont il est question. Profitez des cours du MIT autant que vous voudrez puisque c’est leur choix. En revanche, beaucoup de contenus à vocation commerciale sont piratés et certains contenus émergents qui pourraient être valorisés (blogs ? formations ? conseils ? veille ?) peinent à trouver une rémunération équitable, même minime, via le web.
Paradoxe : le contenu est largement convoité et plus personne ne serait prêt à le payer ? Si personne ne rechigne à payer tous les mois son abonnement au téléphone mobile, doit-on en conclure que le tuyau vaut plus cher que le contenu ? A quoi serviraient pourtant les tuyaux sans ce fameux contenu ?
Est-ce à dire qu’un contenu numérisé n’aura plus, à terme, aucune valeur sur le web ? Pour un “producteur” de contenu (artiste, écrivain, auteur de logiciel,…), une telle idée est plus que dérangeante. Si les majors défendent férocement leur fonds de commerce pour la musique et les films, l’argument de la légalité et du respect du copyright reste bien moins défendu pour les contenus rédactionnels, le design numérique, l’expertise, etc.. Lire sur papier reste plus agréable qu’à l’écran, mais pour combien de temps avec le développement d’une offre crédible en matière de livres électroniques ?
La gratuité est-elle définitivement ancrée sur le web ? Du côté obscur et illégal, c’est vrai aujourd’hui mais pas certain demain. Du coté de l’altruisme et du partage de la connaissance, pas de retour en arrière imaginable et c’est tant mieux.
Mais quid en matière commerciale puisque de nombreux usages se sont déplacés du monde physique vers un monde virtuel ? Aurions-nous tué la poule aux Å“ufs d’or ? Le magazine Wired se penchait récemment sur cette apparente gratuité dans son article de mars 2008 “Free! Why $0.00 Is the Future of Business” en démontrant qu’elle est avant tout utilisée comme produit d’appel. Dans un environnement où cohabitent gratuité légale et altruiste, gratuité illégale et enfin des activités commerciales classiques, la vente de contenus peine à trouver son modèle économique.
Dans un article intitulé “Better than free” (merci Stéphane d’en avoir parlé), Kevin Kelly propose quant à lui une vision assez encourageante des angles d’attaque possibles pour générer des profits à partir de contenus numériques, quand bien même leur “copiabililité” pourrait faire penser au premier abord que ce n’est (bientôt plus ou pas) possible. Biologeek a eu la bonne idée d’en faire une traduction en français.
Le succès d’iTunes, la boutique de musique et vidéo en ligne d’Apple et le modèle retenu par Amazon pour distribuer des contenus sur son Kindle (Amazon va jusqu’à faire payer la mise à disposition par les airs de blogs pourtant gratuits sur le web !) montrent que des environnements ergonomiques et dignes de confiance semblent aptes à générer des ventes significatives de contenus numériques. Ces plateformes, bien que “fermées” et à priori éloignées d’un certain idéal (utopique ?) véhiculé sur le web, illustrent bien le développement de certaines approches citées par Kevin Kelly (KK) comme l’authenticité, la trouvabilité, etc… Et, pour Apple, ça marche.
Il y a aussi sûrement encore pas mal de choses à imaginer et à développer pour transformer des contenus virtuels en objets personnalisés payants (un des principes que KK appelle “embodiment”, traduit en français par “incarnation”). Comme moo.com qui transforme vos photos stockées sur Flickr en stickers ou comme tastebook qui édite sur papier glacé votre livre de cuisine personnalisé à partir de recettes accessibles gratuitement par ailleurs, etc…

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