Tendances (volet 5) - Localiser ses applications en ligne
- Thème : business model
- Par Marc à 14:02
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Suite des tendances, avec ce 5ème volet consacré à l’opportunité pour les concepteurs de services web de localiser leurs applications (voilà un bel anglicisme, mais je suis un récidiviste !). Pour une application en ligne, augmenter l’audience au delà de la cible géographique d’origine est très tentant. Un sujet à considérer à deux fois avant de se lancer…
Internet est un vecteur mondial par essence. Pour autant, ce n’est pas parce qu’un service est ouvert au public sur le web que son audience devient mondiale pour autant, Ã supposer que ce soit une des motivations potentielles de ses concepteurs.
Les services disponibles sur le web naissent et sont optimisés en référence à une culture cible. Si quelques sites grand-public rencontrent rapidement une audience mondiale sans réelle localisation (Facebook par exemple), on constate au final que ces grands sites finissent généralement par être localisés (Google, Flickr et eBay sont des modèles du genre ; Facebook est disponible depuis peu en français / espagnol / allemand). Côté professionnel, seules les entreprises les plus mondialisées osent fournir à leurs employés des applications non localisées et avec le risque de contrevenir à la législation du travail (loi Toubon en France).
Comme bien souvent, le monde de l’open-source fait figure d’exemple en matière de localisation, la taille et l’ouverture de la communauté étant un des facteurs essentiels de son fonctionnement et de sa raison d’être.
Si un service web est largement basé sur du contenu textuel (réseau social, fil d’actualité, blogue) et que sa localisation fait sens, il faut alors s’attendre à un coût de mise en Å“uvre non négligeable, sans parler de la probable nécessité de segmenter le site lui-même par pays/zones (techniquement et/ou au sens marketing). Le cas très particulier du blogue a été traité dans un article récent de Presse Citron. Wikipedia est aussi un exemple intéressant.
Coté applications en ligne à vocation commerciale, où les sites nord-américains représentent la plus grosse part de l’offre “occidentale” (je dis ça car je pense aussi à la Chine…), les initiatives de localisation sont en pratique peu nombreuses en raison de la nature même des acteurs (grand nombre de start-ups aux moyens limités) et du fait qu’une audience anglophone est déjà très large pour observer la validité d’un concept. Quand bien même leur succès se confirme, certains ne s’embarrassent d’ailleurs pas de la question (hein, 37signals ?). Et cela pour une raison bien simple : la localisation engendre beaucoup de complexité.
Tout le monde pense immédiatement à l’obstacle de la langue qui pose le problème de disposer bien sûr de textes traduits et à jour de l’interface du service, mais aussi de sa vitrine et de sa section d’aide… et toutes les complications associées : accentuation et jeux de caractères, sens de l’écriture (gauche/droite), conventions typographiques, gestion du pluriel dans les messages dynamiques, conventions de tri alphabétique, etc..
En réalité, cela va beaucoup plus loin. Avez-vous envisagé la capacité du service à appréhender toute sortes de particularités, selon la nature du service apporté : conventions sociales sur les noms des personnes (ordre nom/prénom, titres, initiale intermédiaire, tutoiement/vouvoiement, …), formats en tous genres (monétaires, dates, jour de début de la semaine, dimensions standards du papier pour l’impression, unités de mesure), gestion des fuseaux horaires, contraintes légales locales (respect de la vie privée, responsabilité civile et pénale, propriété intellectuelle, ….), gestion des paiements multi-devises, fiscalité (merci la TVA intra-communautaire !), voire acceptabilité au vu des mÅ“urs locales, …
En résumé, seuls le monde open-source (par exemple pour les distributions Linux et les grands CMS comme Wordpress ou Drupal) et les grandes applications commerciales dont le succès est confirmé semblent avoir les moyens de se lancer dans la localisation à grande échelle.
Reste une approche intermédiaire, bénévole comme dans l’open-source, qui a été utilisée avec succès par le site australien Remember The Milk. Les développeurs ont su assez rapidement se faire aider par les plus passionnés de leurs utilisateurs, à charge pour eux de gérer ce qui ne relevait pas uniquement de la traduction des textes en différentes langues. Le résultat atteint est tout à fait honorable en ce qui concerne le français. Il est vrai que le service est gratuit (à part des options très particulières comme l’accès sur iPhone) et plutôt bien fait. Les utilisateurs heureux ne demandent qu’à l’être un peu plus.
Il serait dommage de ne pas envisager cette option, même si elle a fait grincer des dents dans le cas de facebook, site certes gratuit pour l’utilisateur mais éminemment commercial, qui n’a pas hésité pas à faire appel bénévolement à ses membres pour localiser le service. Le public est “bonne pâte” quand il “aime” et se sent “utile” lorsqu’il contribue au “rayonnement de sa propre culture” dans un environnement mondialisé. Susciter le désir et la fierté, il n’y a que ça de vrai.
Cela montre au passage que le public, dont une partie constituée de précurseurs se contente au départ de services non localisés, attache une grande importance à la localisation. Pas vous ?
En tout cas, le minimum à faire côté développement est de prévoir que le succès futur conduira un jour ou l’autre à s’engager sur la voie de la localisation et qu’il serait sage de l’intégrer dans les contraintes de développement dès le départ.
Verra-t-on un jour des sites se lancer en version localisée dès leur ouverture ? Rien de moins sûr à court terme. N’est-ce pas à notre génération d’entrepreneurs et de citoyens européens de se retrousser les manches ? Allez, un effort , ça peut payer !

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